Vallée de l’Ubaye

Le Brec du Chambeyron domine majestueusement la vallée de l’Ubaye

Du col du Longet à Pontis, glaciers et rivières ont tracé une vallée jalonnée de gorges, la Reissole, le Pas de l’Echelle, les clues de Méolans et le redoutable Pas de la Tour encadrant des bassins encaissés ou largement ouverts au soleil comme celui de Jausiers aux Thuiles qui abrite la ville de Barcelonnette. La variété des paysages mérite à elle seule une visite, en voiture certes, de village en village, avec une excursion vers les cols pour les plus courageux qui n’hésitent pas à tenir le volant dans les lacets des cols d’Allos ou de Restefond. Mieux encore, il faut savoir enrichir ce voyage de courtes marches pour rejoindre un point de vue ; avancer, à la rencontre d’une chapelle, sur les traces des pèlerins de jadis ; arpenter les calmes allées d’un cimetière à la rencontre de l’histoire des Ubayens et à la découverte de leurs patronymes caractéristiques. Les plus aventuriers pourront s’attabler à la terrasse d’un café, au coude à coude avec les « Marseillais » mais rien ne les y oblige. Une source fraîche sous un mélèze fera aussi bien le bonheur du promeneur.

Tout au long de ce périple, des étapes s’imposent pour mieux connaître l’histoire de ce pays. Le musée de la vallée, réparti sur six implantations, donne une image complète de la vie d’une société rurale montagnarde de la fin du XIX° et du début du XX° siècle. Enseignement avec le musée-école de Pontis, relation de l’homme avec la nature à travers la chasse et la cueillette au Lauzet-Ubaye, travail de l’homme et modification du paysage à Jausiers, travail artisanal et agricole à Saint-Paul, histoire militaire locale à Meyronnes et enfin, histoire, archéologie, beaux-arts à Barcelonnette.

Saint Antoine: la chapelle et le clocher (crédit photo: JCA)

Chaque village offre également de petits chefs d’oeuvre d’architecture religieuse. 120 églises et chapelles ont été dénombrées dans la vallée et un effort constant d’entretien et de rénovation est fait pour maintenir ce patrimoine. Que ce soit pour la beauté de l’architecture, le cadre grandiose, leur rôle dans la vie de nos ancêtres, chacune mérite une visite. Il faut aller à Saint-Pons, Saint-Paul, Maurin ou Jausiers pour apprécier l’architecture, dans les mêmes villages, mais aussi à Fouillouse, Méolans, Rioclar pour se recueillir dans un cadre naturel apaisant. Les nombreuses chapelles, chacune avec un pèlerinage associé, sont les témoins du rôle de la religion et du rapport de l’homme à Dieu dans ces vallées et vallons montagnards aux dures conditions de vie. Ici, les paysans allaient prier pour une meilleure récolte, là, la procession devait favoriser l’indispensable pluie de début d’été. Mais partout, une foi profonde et sincère et la certitude qu’une attitude droite et respectueuse des normes sociales et religieuses pouvait améliorer la vie.

Ces préceptes de vie ont développé un fort sentiment d’appartenance à la collectivité, mais les conditions de vie ont, elles, engendré un besoin pressant de quitter la vallée pour trouver ailleurs des moyens de subsistance. Les migrations vers le Mexique, à partir de 1850, sont les plus connues et ont fortement marqué la vallée : par l’architecture et par l’aide au développement.  Les « Mexicains » qui sont rentrés au pays, en majorité originaires des villages et hameaux les plus pauvres d’altitude et de la haute vallée, ont fait bâtir à Jausiers et à Barcelonnette, partie la plus agréable de la vallée, des villas cossues inspirées de l’architecture des stations balnéaires de l’époque. Ils ont aussi contribué au développement des stations de sports d’hiver.

Auparavant, d’autres mouvements migratoires saisonniers d’une grande importance économique ont marqué la vallée : migrations saisonnières, pour colporter tissus et mercerie dans les plaines provençales, au fil du Rhône, jusqu’à l’Isère et au-delà ; pour louer ses bras dans les fermes et sur les grands chantiers urbains ; pour « se placer » comme personnel de maison dans la grande bourgeoisie aixoise. Mais, vers le début du XIX°, cette migration saisonnière n’était plus suffisante pour faire vivre la nombreuse population des communes les plus défavorisées. Dans l’espoir d’une vie meilleure, les migrants saisonniers, après avoir fondé une famille au pays, partaient avec femmes et enfants vers les pays de cocagne qu’ils avaient approchés.  Point de retour au pays pour ceux là, la fortune n’étant que rarement au rendez vous. Le paysage porte aussi des traces de cette émigration, mais il faut les déceler.

Ainsi, le vallon de Fours a compté, il y a deux siècles, prés de quinze cents habitants alors qu’aujourd’hui, on ne dénombre que quelques dizaines de maisons encore debout. Où vivaient-ils ?  Lorsqu’on arpente les vallons et que l’on contourne, près d’une source ou d’un ruisseau, les ruines d’une construction envahie d’orties, il faut savoir que vivaient là, serrés dans une pièce, entre les animaux domestiques dans l’étable à coté et le foin dans la grange au dessus, une mère et ses enfants, cousant, filant, ravaudant, nourrissant le bétail, pendant que le père arpentait les routes de France, son havresac bourré de marchandises sur le dos. Chacun savait que son retour ramènerait la joie des retrouvailles, de quoi améliorer l’ordinaire et équiper le foyer, mais aussi qu’il marquerait le signe de la reprise des durs travaux agricoles de l’été.

Les cimetières largement ouverts sur le calme des montagnes racontent cette histoire. Les hameaux les plus reculés et les plus tôt désertés n’ont que de pauvres tombes, des pierres sculptées couvertes de lichens ou, pour les plus riches, un appareillage de fer forgé qui rappelle un lit d’enfant. Dans les villages où les hommes ont lâché prise au XIX° siècle, les cimetières s’enrichissent des riches caveaux familiaux, symboles d’une revanche sur le destin, prise dans les Amériques et d’un besoin d’être pour toujours au cœur de son berceau familial.

Ces thèmes de découverte peuvent suffire à remplir quelques semaines de vacances. D’autres imposeront certainement un retour : l’architecture et l’histoire militaire, la géologie et l’aménagement de l’espace, les sports d’hiver et le tourisme. Enfin, pour les plus actifs, randonnée en montagne, et pourquoi pas escalade et sports d’eau vive.

Jean-Claude Allard

Une réponse à “Vallée de l’Ubaye

  1. Une belle introduction à ce qu’est la vallée, son histoire et les témoignages encore présents de la vie rude que menaient autrefois ses occupants. On décèle ici l’âpreté des jours et des travaux au pays, le simple attachement à la terre, comme la nécessaire aventure « mexicaine » ou simplement « à la ville ». Nécessaire pour que vive encore la vallée.

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