La crypte archéologique de Notre-Dame du Bourg à Digne les Bains

La cathédrale Notre-Dame dans le quartier du Bourg à Digne les Bains

La crypte archéologique de Notre-Dame du Bourg à Digne les Bains ouverte à la visite depuis juillet 2010 offre le témoignage de vingt siècles d’histoire urbaine et religieuse sur une étendue d’environ 900 m², ce qui en fait un site archéologique majeur en France et en Europe. Elle témoigne également de l’histoire de la ville de Digne, à l’origine bourg romain de Dinia, fondé au premier siècle aux bords de la rivière Mardaric, affluent de la Bléone.

Les sondages entrepris en 1946 avait mis en évidence des vestiges antiques sous la cathédrale du Bourg, mais c’est à partir de 1983 que, en parallèle aux travaux entrepris par l’architecte en chef des monuments historiques, Francesco Flavigny, pour consolider la cathédrale qui ployait sous le poids des ans, des fouilles archéologiques débuteront sous la direction de Gabrielle Démians d’Archimbaud, professeur émérite à l’université de Provence. Les fouilles dureront trente ans et, compte tenu de leur richesse, s’intégreront au fil des ans dans un projet d’ensemble coordonné avec les solutions techniques de restauration de la cathédrale, en vue de permettre la création d’une espace de présentation au public, sous le sol de cet édifice.

Une « réalisation exceptionnelle », ainsi que le souligne Francesco Flavigny, pour offrir au public, en lecture directe, la compréhension de l’évolution d’un ensemble urbain et plus particulièrement l’évolution d’un sanctuaire païen vers un sanctuaire chrétien. Cette situation est un « exemple précis et rare » selon les dires de Gabrielle Demians d’Archimbaud. Elle permet de suivre les différentes modifications de l’architecture sacrée, liées aux évolutions des pratiques religieuses et d’inhumation, du païen au chrétien, puis ensuite de la liturgie chrétienne même. Le site conserve entre autre une mosaïque du V° siècle, rarissime en Europe à cette époque.

Sous l’actuelle cathédrale, les restes des deux premières basiliques chrétiennes avec la très rare mosaïque du V° siècle et un autel cippe (fin V° – début VI° siècle) en marbre de Carrare

Ainsi, le visiteur peut découvrir les aménagements liturgiques successifs (chœur canonial, jubé, presbyterium, autel, soléa, chevet, …) et comprendre leur agencement et leur signification, surtout s’il prend soin de participer à une visite guidée conduite par Josiane Richaud, attachée de conservation au musée de Digne les Bains et plus spécialement chargée de la crypte archéologique.

Josiane Richaud, attachée de conservation, responsable de la crypte archéologique

Avec une passion et une érudition jamais démentie, elle fait revivre vingt siècles d’histoire de la ville de Digne et de sa très simple mais très belle cathédrale. Elle vous conduira alors, dans un parcours historique (et géographique sous la cathédrale même) depuis les vestiges d’une basilique gallo-romaine édifiée vers 15-30 après Jésus-Christ jusqu’à l’actuelle cathédrale dont la construction, débute au XII° siècle sur le site même des deux premières basiliques, notamment celle du XI° siècle, érigée sous l’impulsion du dynamique évêque Hugues de Chaudol (1038-1070).

Représentation par Jean-Claude Golvin de la cité de Dinia au II° siècle sur son site du Mardaric ( vallée à gauche) au nord du rocher des Neuf heures (au centre de l’aquarelle). Au premier plan, les divers bras de la Bléone. Au fond, enneigée, la barre des Dourbes et le pic de Couard

Autour de cet ensemble religieux, s’est développé le bourg de Dinia, capitale de la population des Bodiontici , romanisés suite à la conquête des Gaules ainsi que l’atteste l’inscription sur le monument de la Turbie. Un ensemble relativement important, avec des boutiques et vraisemblablement des bains thermaux. Ce ne sera que vers le X° siècle, avec le mouvement de structuration de l’administration civile qui s’étend sur l’ensemble de l’Europe, qu’une cité va se développer sur la colline entre Mardaric et Eaux Chaudes (site de l’actuelle « vieille ville »). Le « Bourg » épiscopal, un temps en concurrence avec cette nouvelle ville sera ensuite progressivement délaissé, l’évêque prendra ces quartiers sur cette colline et y fera édifier la cathédrale Saint-Jérôme au XIV° siècle.

Deux mille ans après leurs fondations, les sanctuaires et la cité de Dinia resurgissent donc d’une couche d’alluvions de plus de cinq mètres, patiemment fouillée pendant trente ans. Une entreprise exceptionnelle pour montrer un site archéologique majeur en Europe que tout Alpin de Haute Provence se doit de visiter et faire connaître. Et un atout de premier ordre pour la ville de Digne les Bains.

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