Tourisme dans les Alpes de Haute Provence

Digne les Bains dans son site exceptionnel (crédit photo: JCA)

Le tourisme, chacun le pressent, est la première activité économique du département des Alpes de Haute-Provence avec 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais cela ne représente que 5,5 % du chiffre d’affaires « tourisme » de la région PACA (Hautes-Alpes : 9% ; Vaucluse : 9,4 % ; Bouches du Rhône : 20,3 % ; Alpes Maritimes : 24,8 % et Var : 30 %).

Au vu de ses caractéristiques géographiques et des activités touristiques pouvant être pratiquées, le département est divisé en trois ensembles : la zone Alpes-Mercantour, la zone Haute-Provence et la zone Verdon. Cette division est tout à la fois un atout et une faiblesse.

 Atout parce que ces différences apportent une diversité de centres d’intérêts propre à attirer les touristes. Faiblesses parce qu’elle n’offre pas à la clientèle nationale et internationale potentielle une image unique permettant de caractériser fortement le département. Dés lors, la concurrence intra régionale est forte : l’amateur de douceurs provençales se tournera vers le Vaucluse (et les Bouches du Rhône), le passionné de montagne cherchera d’abord à satisfaire ses envies dans les Hautes-Alpes et enfin, le Verdon ne sera souvent vu que comme une promenade de la journée pour le touriste goûtant les plaisirs de la Méditerranée dans le Var et les Alpes Maritimes. L’on notera d’ailleurs que ce partage correspond aussi à des tropismes centrifuges qui touchent les habitants du département, dont les activités ont du mal à se concentrer sur le département et son chef-lieu.

Ces trois zones ont donc leurs caractéristiques propres tant en matière d’offre que d’impact de la fréquentation touristique. Si le tourisme génère 10 % des emplois salariés du département, cela représente 33 % des emplois salariés pour les zones Verdon (1120 emplois) et Alpes-Mercantour (1000 emplois) et seulement 5 % (1750 emplois) pour la zone Haute-Provence. N’oublions pas que cette dernière zone englobe tout le bassin de la Durance, moteur économique du département dans tous les secteurs.

L’attirance pour le département réside dans son offre diversifiée : 9 stations de ski alpins et 6 de ski nordique, des itinéraires de randonnées bien balisés (3 équestres, 105 VTT, et d’innombrables sentiers pédestres), 63 sites naturels d’escalade et 2 via ferrata, 39 aires d’envol de parapentes et deltaplane, plusieurs aérodromes, 2 golfs, 12 villages et cités de caractères, des « maisons et bistrots de pays » et des « sites remarquables du goût ». Enfin deux stations thermales, situées, pour leur fréquentation, au 4° rang national pour Gréoux les Bains et au 28° rang pour Digne les Bains.

Haute vallée de l'Ubaye: le village de Maurin (crédit photo: JCA)

Ces centres d’intérêts génèrent naturellement un tourisme essentiellement sportif et rural et attirent une clientèle majoritairement familiale, venant de la région et séjournant environ une semaine, principalement en période estivale  (trois séjours sur cinq). Les conditions climatiques, et certainement aussi économiques, de ces dernières années ont fait baisser l’attrait de la pratique du ski, notamment alpin en station. Au total, ce sont entre 14,3 et 14,8 millions de nuitées qui sont enregistrées chaque année. La zone Alpes-Mercantour et la zone Haute-Provence récupèrent chacune 39,1 % de cette fréquentation et la zone Verdon les 21,8 % restant. L’hébergement touristique se fait aussi bien dans les 83 300 « lits marchands » – hôtellerie, gîtes, chambres d’hôtes, camping – que dans les 180 000 « lits de résidences secondaires ». Notons au passage que 50 % des résidences secondaires du département sont situées dans la partie « Alpes-Mercantour ».

Le tourisme est certes la première activité économique du département mais, au regard des chiffres régionaux, il n’y a pas de triomphalisme excessif à avoir. Certes le département a des atouts liés à sa situation géographique et aux conditions climatiques et d’environnement qui en découlent. Il peut donc présenter une offre attirante par l’attrait du calme, des beaux horizons, de la simplicité de vie. Mais de sérieux handicaps limitent toujours la fréquentation.

L’accessibilité d’abord. Si le TGV met désormais le sud à quelques heures du nord de la France et de l’Europe, les indispensables ruptures de charges et les problèmes de dessertes internes compliquent l’arrivée dans les sites de séjours. L’absence d’animation de grande notoriété ne permet pas de soutenir l’intérêt malgré le très dense maillage d’animations locales intéressantes. La difficulté à construire une image cohérente ne permet pas de lutter, comme nous l’avons vu précédemment, contre la concurrence des départements limitrophes. Enfin, les difficultés climatiques (enneigement insuffisant) ont fait souffrir les zones de montagnes durant les premières années du XXI° siècle. En l’absence d’un changement d’image, le département restera surtout voué à un tourisme intra-régional, centré sur le phénomène de la résidence secondaire. Ce type de fréquentation n’est pas le mieux adapté pour développer économie et emploi par la consommation de services. Comme par ailleurs, la pression foncière et les coûts limitent désormais les constructions, les autres secteurs n’ont pas non plus de claires perspectives.

L’énoncé de ces difficultés n’a pas pour but de justifier un laisser-aller au fatalisme mais d’aider à la définition d’une stratégie gagnante. Le Conseil général, responsable  du développement économique, a défini un « schéma départemental de développement touristique durable» pour la période 2007-2013 afin de déterminer cette stratégie.

 Il veut l’articuler autour de quatre axes englobant 23 actions à conduire sur la période considérée. Les quatre axes sont :

–      Le partenariat et la complémentarité au sein de la région PACA, et d’une future « eurorégion » ;

–      Une plus grande coopération de l’ensemble des acteurs départementaux de la filière (élus, habitants, professionnels, institutionnels) ;

–      Inscrire cette action dans « l’esprit, la lettre et la marque » du développement durable ;

–      Agir de façon plus « coordonnée, cohérente et harmonieuse » entre les trois destinations touristiques du département, tout en leur conservant leur attractivité propre.

Il faut espérer que l’inscription de cette stratégie sous le terme de développement durable satisfasse pleinement les espoirs qu’elle génère. Notamment la possibilité de participation de chacun à ces actions, un juste retour économique pour l’ensemble de la population, la protection des paysages et des sites (maîtrise de l’urbanisation) et donc la préservation du département des excès des grands investisseurs du secteur du tourisme. Ce modèle de développement paraît le mieux adapté à notre département qui ne doit pas se laisser leurrer par les succès des départements limitrophes (notamment Var et Alpes Maritimes) en terme de modèle économique touristique. La majorité de la population de ces départements ne tire que des miettes, tant en termes économiques que de qualité de vie, d’une activité aux mains de grands groupes.

                                      Jean-Claude Allard

2 réponses à “Tourisme dans les Alpes de Haute Provence

  1. Commentaire précieux et judicieux. Les communications sont vraiment le point faible du département et de son chef-lieu. Et tout l’arrière pays dignois jusqu’au Verdon est merveilleux mais difficilement accessible. La liaison vers Digne est une nécessité que l’on ne peut plus refuser, même pour des raisons écologiques.

  2. Comment en 2010 existe -t-il encore une préfecture enclavée sans moyen de transport digne de son rang?
    même pas un train à l’exception d’un chenillard à but touristique avant tout !
    A quand des élus qui mèneront le train jusqu’à Digne ? qui mèneront également l’autoroute ou bretelle?
    A quand un réseau de bus et de car comme on en trouve en Bretagne et dans d’autres régions de France ?
    Dans les AHP, on ne s’est pas foulé beaucoup pour obtenir un réseau de communications d’avenir.
    Comme son nom l’indiquait il y a encore quelques temps c’est le pays des bas alpins ou des déshérités!

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