Les cadrans solaires de Paris…

Cadran solaire, rue des deux Boules dans le 1° arrondissement

Aussi surprenant que cela puisse sembler à beaucoup, il y a des cadrans solaires à Paris !

A une époque où le temps se calculait autrement et alors que l’horlogerie était encore un art réservé à une élite, les cadrans solaires s’inscrivaient dans le paysage urbain des XVII et XVIIIème siècles, comme des objets usuels et familiers qui permettaient de rythmer la journée du citadin.

Il existe à Paris cent neuf cadrans solaires et méridiennes, ce qui n’est pas énorme à côté de nos Alpes de Haute-Provence où l’on en recense cent cinquante six et surtout des Hautes Alpes où l’on en compte deux cent quatre vingt dix.
Les méridiennes appartiennent à une catégorie de cadrans particulière ; elles ont joué un rôle important pour déterminer l’heure officielle, celle du soleil. Les grandes méridiennes horizontales ont été également des instruments scientifiques utilisés par les astronomes surtout pour étudier l’obliquité de l’écliptique,c’est-à-dire l’inclinaison par rapport à l’équateur céleste. Il faut savoir que l’heure lue sur les cadrans solaires ne correspond pas toujours au temps moyen légal indiqué par notre montre. Le cadran solaire est une formidable leçon d’astronomie et de mathématiques. En effet, la terre ne décrit pas un cercle autour du soleil, mais une ellipse.
Il en résulte que la durée du jour n’est pas constante, aussi les cadrans doivent-ils apporter tous les jours une petite correction, c’est ce que l’on appelle l’équation du temps.
Chaque cadran a été fait pour l’endroit où il est installé. La plupart des cadrans se trouvent dans le centre de Paris, c’est dans les 4ème et 5ème arrondissement qu’il y en a le plus, un seul arrondissement n’en possède pas, le 17ème. Les 109 cadrans parisiens se répartissent sur 79 emplacements. Les cadrans se trouvaient surtout sur les murs des églises, des couvents des collèges et des hôtels particuliers.
Une originalité, dans la cour d’honneur des Invalides ou cour royale, l’heure était donnée sur chacune des façades : par une horloge sur la façade Nord, et par et par sept cadrans solaires verticaux sur les autres façades.
Les cadrans modernes ont tendance à s’installer dans les jardins. La gnomonique est l’art de calculer et construire des cadrans solaires. Les cadrans solaires anciens servaient à régler les montres et les horloges sur le temps solaire. Les pendules sont des mécaniques fragiles et coûteuses d’où la confection de cadrans solaires de toutes sortes y compris des portatifs pour les bergers et les paysans…

Cadran solaire sur le Palais de Justice.

Rares sont les cadrans datés, car trop usuels et quelquefois si une date y est inscrite, elle n’est pas forcément celle de la création, mais peut-être d’une restauration. Les plus anciens cadrans solaires de Paris remontent au XVIème siècle ; c’est également l’époque où montres et pendules commencent à se répandre. L’heure était donnée par les cloches des églises et des couvents qui se réglaient sur les cadrans solaires. Louis XIV, le Roi Soleil spécifie « qu’il faut régler les horloges publiques suivant le cours du Soleil », résultat : les cloches de Paris ne sonnaient pas toutes l’heure en même temps, et il était difficile de connaître l’heure exacte officielle. Ce n’est qu’au début du XIXème siècle que le temps moyen est adopté ; horloges et montres deviennent les maîtres du temps et les cadrans solaires semblent oubliés, mais à partir du 9 mars 1911, l’heure légale en France est l’heure du temps moyen de Paris retardée de 9 minutes 21 secondes.
Aujourd’hui, à l’époque de l’horloge parlante, invention de l’astronome Esclangon, originaire de Mison, les cadrans solaires sont à la mode.
Ils nous rappellent la notion de temps et d’espace, le mouvement du soleil et le désir de retour à un ordre plus naturel des choses.
Qui sont en général,les auteurs des cadrans ?
Au XVIIème siècle, quand les architectes décident de faire un cadran, ils font appel à un mathématicien, un astronome ou un géomètre pour les calculs et à un artisan pour la réalisation.
Aujourd’hui, tout le monde s’en mêle, aussi sont-ils moins précis. La restauration des cadrans en péril est également chose délicate et nécessite le respect des tracés antérieurs.

L’histoire des cadrans solaires est liée à celle de leur décoration et des devises. La décoration est fonction du message à transmettre, fleurs pour la fécondité et l’amour, animal pour la rapidité et la fragilité. Le coq traverse toutes les générations, le trompe l’œil a eu son heure de gloire. Quant à la devise, « Elle est le langage du cadran solaire, comme la lumière est son âme ». Ainsi chacun pourra choisir une devise. J’en ai relevé quelques unes :
Nos jours fuient comme l’ombre », sur la façade de la Sorbonne « L’heure fuit, la justice demeure », Palais de Justice. « Profite de la vie tant que c’est possible », Couvent de la Mercy. « Hélas ! cette heure que tu regardes est peut-être celle de ta mort », Hôpital Laënnec.
Il y en a, fort heureusement, de plus gaies : « Quand tu sonneras, je chanterai », au 4 rue de l’abreuvoir. Les devises évoquent souvent la fuite du temps : « Carpe diem », est une des plus fréquentes. Elle se traduit par :
« Mets à profit le jour présent ». Ce sont-là des mots d’Horace qui aime à nous rappeler que la vie est courte et qu’il faut se hâter d’en jouir.
Yves ROUX

 
Bibliographie:
Cadrans solaires de Paris CNRS,
Cadrans solaires des Alpes de Hautes Provence chez Edisud.

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